Madame Rubens

Le jeudi, c’est Gemäldegalerie (la galerie de Peinture) ! Futée comme elle est, mon ado m’oppose un argument imparable ; ce soir, elle ne peut pas, elle a révision du bac de français. Je les laisse donc à la maison, La princesse de Clèves et elle, et je roule seule jusqu’au Kulturforum (le forum de la Culture) qui abrite la galerie. Pour les toiles de Rubens, c’est parti, mon kiki.

Le forum de la culture, tout près de chez nous
Luftbild des Kulturforums © Staatliche Museen zu Berlin / Maximilian Meisse

On commence par son Saint-Sébastien qui se démarque de celui de Botticelli par une représentation plus nette de la souffrance. C’est vrai qu’attaché à son poteau, le Sébastien du maître italien à l’air de s’ennuyer ferme en attendant que Sainte Irène vienne le délivrer. Le martyr de Rubens, lui, pleure en implorant le ciel et du sang coule de ses nombreuses blessures. Etre transpercé de flèches, ça fait mal.

Saint Sébastien – Botticelli – 1474 et Saint Sébastien – Rubens – 1614

Pieter Paul Rubens est un homme qui a réussi. En  1609, il est le peintre officiel de la cour des souverains des Pays-Bas. Il est également diplomate. Il est riche. En 1630, à 54 ans, il se remarie avec une jeune bourgeoise de 16 ans. Dans une lettre, il explique ses motivations ; il ne veut pas d’une dame de la cour car elle serait d’un rang supérieur au sien et pas d’une dame de son age car « il veut de la joie ». Ce sera donc Hélène Froment, la fille d’un négociant en tapisserie. Ravi, son mari l’utilise beaucoup comme modèle, ce qui n’est pas si courant dans l’histoire de la peinture classique. Par exemple, voici Hélène en Sainte Cécile. Cécile, c’est la patronne des musiciens, une femme généreuse et têtue. Selon la légende, après sa décapitation, elle a prit le temps de distribuer toute sa fortune aux déshérités. 3 jours durant, quand même.

Sainte Cécile – 1639

Notre guide se risque à un commentaire très en dehors du champ de l’histoire de l’art : et si ces chefs d’œuvre s’expliquaient par ce qui se passait chez les Rubens ? Hélène-Cécile a l’air joyeuse, elle est jolie et sensuelle et je ne rangerais certainement pas ses coquettes petites mules dans la catégorie « accessoire vestimentaire d’une sainte ». Lune de miel ?

Les chouettes petites mules

Mais Pieter a également peint une Hélène-Andromède, martyr païenne quasi symétrique à la souffrance de Sébastien. Offerte en sacrifice à un monstre marin, la pauvre ne voit pas que son sauveur est en train d’arriver (c’est Persée qui se dépêche sur la mer, là bas au loin), la torche de l’angelot est pointée vers le bas : symbole funeste. Et son corps est peint avec un réalisme plutôt cru, bien loin de l’idéalisation de celui de Sébastien. Foin de mignonnes petites mules, ses pieds sont un tantinet boudinés. Crise conjugale ?

Persée libérant Andromède – 1638
les pieds d’Hélène – Andromède

Sur mon vélo, en rentrant, je songe que Madame Rubens, toute nue ou en robe de velours, ne vivra jamais pour la postérité que par le regard de son talentueux époux. Et à la maison, je lis dans le prologue de La princesse de Clèves, publié anonymement par Madame de la Lafayette en 1678, que « l’auteur n’a pu se résoudre à se déclarer ; il a craint que son nom ne diminua le succès de son livre ». Livre qui est aujourd’hui un classique, et heureusement attribué à sa créatrice. Etre transparente n’est pas un destin. En 2020, la journée des droits des femmes, c’est aujourd’hui et c’est une rudement bonne idée.

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2 Comments

  1. « Les sabots d »Hélène étaient tout crottés… »
    Quel plaisir de te lire régulièrement !
    Courage à Louise et bises à vous.

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