Le lundi matin, je me lève, j’enfile une tenue de sport, je passe la porte de notre appartement, la porte du bas de l’escalier, la porte de la cour, encore une autre porte, une dernière porte et ça y est je suis dans la rue. Le studio de Pilates, de la méthode du même nom est tout prêt de chez nous. Il faut prendre la direction du parc, tourner juste avant et surtout ne pas s’arrêter chez le marchand de glaces. C’est juste à coté.



Le studio est lumineux et cosy. On dirait qu’on arrive chez une copine. Isabelle, qui donne les cours, nous accueille toujours avec le sourire. Mais au lieu de se poser sur le canapé pour un café-croissant, c’est parti pour une heure de cours « Mat», c’est à dire sur un tapis de sol. Il y a toujours un accessoire, ce matin c’est un petit coussin tout mou qui rend tous les mouvements drôlement instables. Et c’est justement ça, le Pilates, une histoire de contrôle.



Cette discipline a été mise au point par un allemand, Joseph Hubertus Pilates. A la fin du 19ème siècle, le petit Joseph est chétif et asthmatique. Mais il fait du sport et voit les bienfaits de l’exercice physique sur sa santé. Interné dans un camp de prisonnier pendant la grande guerre, il rééduque des blessés selon sa méthode en les faisant travailler sur leur lit d’hôpital. Rentré en Allemagne, il comprend avant tout le monde ce que les nazis sont en train de faire de son pays. Refusant de collaborer, il prend le premier bateau pour l’Amérique et en profite pour rencontrer l’amour de sa vie pendant la traversée. Dans la Grosse Pomme, il ouvre un studio juste à coté du New York City Ballet. Les danseurs, George Balanchine en tête, deviennent vite accros. Les lits d’hôpital sont devenus des machines pour s’entraîner, les Reformers, et la méthode sera vite enseignée partout. Pour Joseph, des muscles fermes et une conduite qui l’est tout autant. Bien plus qu’un sportif accompli et un entrepreneur visionnaire, c’était un honnête homme.



L’idée, c’est de maintenir un bon positionnement du corps pendant les exercices. Comment ? Grâce à la respiration, à la concentration, à la précision et à la fluidité des mouvements. L’esprit contrôle le corps. C’est parfaitement évident quand Isabelle montre les exercices en donnant les consignes en français, en allemand et en anglais. C’est tellement gracieux et impeccable, on a trop envie de faire tout pareil !

Bon.
Sur les tapis, l’exécution est un poil plus anarchique. Aujourd’hui, les deux pieds qui tremblottent sur le coussin, c’est toute une histoire de plier les genoux, lever les bras, baisser les bras. Garder l’équilibre, quand le sol se dérobe sous vos pieds, c’est une question d’entrainement. Le Pilates, la méthode que Joseph s’est d’abord appliqué à lui même, ça sert à rester debout.