Le vendredi – Oh joie ! – le cours commence à 8h30. Dès potron-minet, je file sur mon vélo jusqu’à Mariendorf. De Potsdamerstrasse, c’est au diable vauvert, bien au delà du « ring », cette ligne de métro qui fait le tour du cœur de la ville. La capitale allemande couvre une superficie huit fois plus grande que celle de Paris, en partie parce qu’il n’y pas de limite claire entre le centre ville et ce que nous appelons la banlieue. Intra-muros, ce snobisme parisien, ne veut rien dire à Berlin où les clôtures ont mauvaise presse.

Me riant de l’air frisquet du petit matin, je traverse le parc de Gleisdreieck, descend le Tempelhofer Damm, longe les pistes d’atterrissage et d’un dernier coup de pédale, je franchis la Spree. J’arrive parfois légèrement en retard, il faut bien l’avouer, mais toujours parfaitement échauffée.




Dans le vieux gymnase, les fenêtres jettent des taches de bleu, jaune et rouge sur le parquet blond. Par un phénomène encore inexpliqué, une fois que je suis installée sur mon tapis, le monde extérieur se contracte sur lui-même et disparaît complètement pendant une heure et demie.

L’intitulé du cours, c’est « Pilates et Yoga ». Le professeur est un danseur aux gestes légers, précis et gracieux. Il glisse plus qu’il ne marche. Je le soupçonne de léviter quand ses élèves ont le dos tourné. Pendant les exercices, il dit letzenmal (dernière fois) d’une voix grave et douce pour faire croire que c’est fini, puis letzen letzenmal (dernière dernière fois) pour qu’on fasse encore un mouvement.
Au son des notes de piano, le temps est fluide. Personne ne dit mot. Mes compagnes sont de tous les ages, de toutes les conditions physiques. Nul adversaire dans la pratique du yoga, lutter contre (un muscle trop raide, un équilibre trop fragile, la voisine de droite) ne sert à rien. L’acceptation de son corps tel qu’il est là, maintenant est essentielle. C’est du boulot !
Si vous n’arrivez pas à tenir la posture, disait ma prof de Yoga de Brignais, faites la dans votre tête, l’effet est le même. C’est profondément vrai. Le yoga aide à se tenir « sur la pointe fine de l’instant» *. Suivre le souffle, trouver l’effort juste, recommencer.

Quand le cours est fini, je reprends mon vélo très légère. Au fil de mon retour, la beauté surgit de toute chose. Je suis contente.





*pour les khâgneuses et pour les autres, c’est de Jankélévitch.
Merci Marylaure pour ce joli texte
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Bonjour Marie Laure
Je viens de découvrir ton blog …et lu beaucoup d’articles…Tu es prolixe…J’ai beaucoup aimé… en particulier ta nouvelle »De l’autre côté ». Beau dimanche
Françoise
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