Lagerfeld ? Non, Marx. La Magistrale, c’est le surnom de Karl Marx Allee à Berlin. Elle mesure 2 km de long, 90 m de large. C’est à vélo et à l’aimable invitation de l’excellente équipe Berlin Accueil que je m’y rend ce matin de novembre pour une ballade photo. Première différence d’avec la rue du Général de Gaulle à Brignais ; aucun problème pour caser les pistes cyclables.


Brignais Berlin
La Karl Marx Allee est dans l’ancien secteur Est. Avec un nom pareil… Jusqu’en 1961, elle s’appelait même Staline Allee. Mais un nuit de novembre 1961, la statue du petit père des peuples a été déboulonnée, et la voie rebaptisée. Nous retrouverons une des oreilles et un bout de moustache dans le café où nous buvons un chocolat chaud.

Car c’est grandiose, c’est en travaux, c’est glacial. Je me gèle. Le vent profite de la perspective pour congeler les oreilles des camarades qui se promènent. C’est au bonnet qu’on distingue le Berlinois de la Brignairote.

Prouver la supériorité du modèle communiste sur le modèle capitaliste, c’est l’idée force qui fait surgir la Karl Marx Allee des ruines, dès 1951. Les ouvriers logeront dans des palais équipés du dernier confort. L’URSS dirige la reconstruction via ses «16 principes de l’urbanisme» ; la voie doit être un «centre politique» avec «les bâtiments les plus importants et les plus monumentaux», un espace pour les «manifestations politiques» et les «défilés», avec des immeubles «de contenu démocratique et de forme nationale», selon «l’expérience du peuple incarnée dans les traditions progressistes du passé».

Bref, l’idée, c’est d’en mettre plein la vue à ceux d’en face. Une réplique de Spoutnik orne la façade du café Moscou : il est tout petit !
Et de fait, les immeubles organisés en « Blocks » sont très beaux, avec leur façades de porcelaine de Meissen et leurs lignes pures. Pendant la guerre froide, le prix du mètre carré est dérisoire (90 pfennigs), mais il a un coût. Les habitants doivent participer aux manifestations politiques du régime est-allemand. Encore une différence avec Brignais ; à la même époque ceux qui n’appréciaient pas le maire (oui, oui, il était déjà là) n’étaient pas obligés de déménager.




Aujourd’hui, la KMA est toujours aussi belle, mais elle s’est pétrifiée. Plus d’animation dans les rues. Il y flotte comme un regret, une occasion manquée. A la chute du mur, l’Allemagne de l’est a été phagocytée par l’ouest, dans l’urgence. Sans que l’on ne se demande si l’on pouvait apprendre quelque chose de ce modèle, une fois la liberté restaurée.
C’est facile de refaire l’histoire. Mais quand Venise sombre, quand l’Amazonie brûle, quand le leader de l’ancien « monde libre » s’appelle Trump, quand la recherche avide du profit pille les ressources, abolit nos droits et saccage nos vies, rêvons d’un système intermédiaire, d’une société qui garantit la liberté à chacun, sans déifier l’argent.

Des remerciements monumentaux à l’équipe ballade photo (excellente, je le souligne) qui cumule une érudition sans faille sur l’histoire de Berlin avec une parfaite connaissance de savoureux restaurants, salons de thé et autres troquets de ce même Berlin.
merci de nous faire partager toutes ces informations passionnantes.
bonne route
bien amicalement
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