Sous les tilleuls, exactement. Le musée de l’histoire allemande se trouve au numéro 2 d’Unter den Linden, la grande et belle avenue qui va de l’île des musées à la porte de Brandebourg. Du Moyen Age à la chute du mur, 7 000 objets racontent un passé que je connais pas si bien que ça. Sauf le vingtième siècle, comme tout le monde. Et comme on papote avant, pendant et après l’achat des billets, on commence la visite par la dernière période qui va de 1919 à 1989.

Le visiteur, même benêt, a cet avantage sur l’histoire en marche, c’est qu’il connaît déjà la fin. Dès les débuts de la fragile République de Weimar, nous reconnaissons sans peine les germes du mal, le traité de Versailles, la haine à l’encontre des juifs, les chemises brunes. Nous progressons doucement vers l’apocalypse, 1920, 1933, 1938. Les images, les dates, nous les avons déjà vues ; nous les connaissons par cœur.
Sauf ça.
C’est un jouet banal que tout le monde connait, une maison de poupée. Je me souviens que le père Noël en avait déposé une au pied de notre sapin lors d’une douce nuit pas si lointaine ; les filles n’ont jamais joué avec. Mais parfois, seule à la maison, je faisais bouger la minuscule famille qui vivait là : tous serrés sur le petit canapé en face de la petite télé. Pour regarder Top Chef. Et aussi Fort Boyard.
Celle-ci est différente. D’une autre époque. Au rez de chaussée, la cuisine ; un fourneau avec des marmites en inox, un seau à charbon comme chez ma Mamie. Des casseroles pendent au mur, la bassine en cuivre pour faire les confitures doit être rangée quelque part. Des rideaux fleuris aux fenêtres, ils vont passer à table, le temps de se laver les mains, de rentrer du jardin, de rectifier la sauce salade, ou de finir la vidéo (« 1 minute et 13 secondes et j’arrive, Maman« ). Ah non, trop tôt pour Internet ! Je vois quand même un aspirateur, c’est le progrès.
Tout va bien au pays des poupées, mais c’est quoi, ce papier peint ?
Sur les murs, répétés ad nauseam en motifs décoratifs, des enfants blonds en uniforme des jeunesses hitlériennes se tiennent par la main au milieu des croix gammées. Et un tout petit portrait accroché au mur représente le criminel qui dirigea l’Allemagne de 1933 à 1945.

Oui, la photo est floue et ce pour deux raisons. D’un, je galère avec la mise au point. Et de deux, la diffusion des symboles du National Socialisme sur la toile ne passera pas par ce blogounet.
Comment devient-on nazi ? Par désespoir, par aveuglement, par lâcheté, par bêtise, pour survivre, pour protéger ceux qu’on aime ? Ce jouet terrifiant nous pose la question : qu’aurions nous pensé, nous, si nous l’avions trouvé au pied du sapin ? Qu’aurions nous choisi, nous, si nous avions fait les courses de Noël à Berlin en décembre 38 ?
Au moment précis où j’écris cette ligne, Mario Vargas Llosa dit que l’histoire n’est pas écrite, que l’avenir dépend entièrement de notre collaboration avec les forces du bien. Il n’est pas assis sur notre canapé à Potsdamer strasse, notez bien, mais dans un studio de la maison de la Radio à Paris. Il dit aussi que la littérature et la culture nous rendent plus humains. Le délicieux Augustin Trapenard qui l’a invité* l’appelle Super Mario, en référence au petit héros moustachu d’un jeu plus moderne et plus innocent.
Comment apprendre à nos enfants à penser par eux-même ?


Mario, Prix Nobel de littérature et Mario, plombier digital
*Boomerang du 9 octobre 2019, France Inter
Alors j’ai peut-être jamais joué à la poupée mais je n’ai pas passé mon enfance sur Internet, il y avait les Copains de la Forêt.
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