Un dimanche à Berlin

En Septembre, l’air était doux, le soleil brillait, et notre amie Céline en visite à Berlin. Le congés de fin de semaine, même pour ceux qui ne travaillent pas, c’est tout à fait appréciable.

Le samedi matin a commencé par une acquisition et un petit voyage dans le temps. J’avais repéré une bicyclette dans une petite annonce. A l’adresse indiquée, dans un très bel immeuble, le vendeur est un Berlinois de 78 ans, dont la famille habite là depuis 1922. Il aime bien Mireille Matthieu et sa coupe de cheveux mais déteste le président Macron. Si nous n’avions pas mis fin à la conversation, nous y serions encore, sur son trottoir, à discuter tendance capillaire et politique.

Ensuite, c’est le marché de Winterfeld, à coté de l’église Saint Matthias, pour renouveler les pots de confitures et de miel dont le stock fond à toute allure. L’apiculteur m’explique en français que ses ruches sont dans une école pas loin de Potsdamer strasse : elles ont peut-être butiné les fleurs du balcon de notre immeuble. Consommer plus local, c’est bien simple, on ne peut pas.

Puis c’est le pique-nique de Berlin accueil, dans la cour de l’école Voltaire. A la question-sésame « Quand êtes-vous arrivés ? », les histoires se croisent et s’entremêlent sous les tilleuls. On discute un verre à la main, on prend des billets de tombola. C’est comme à la maison, c’est sympa.

Le dimanche, le temps que Louise déverrouille un vélo en libre service (on en a deux, certes, mais nous sommes trois), nous entrons dans une galerie . Sur la totalité du sol, une installation de planches se coupent en losanges, parfois sur une image d’un film de Pasolini, les pieds d’un couple de danseurs. Nous devons les enjamber pour rejoindre la galeriste qui nous parle de l’artiste. Ah, ça y est Louise a son vélo !

Objectif de la ballade : une fête de quartier à Tempelhof. Il y a bien sûr de la musique, des ateliers pour les enfants et des bulles de savon qui dansent dans l’air. Et deux jeunes femmes avec des photos qui proposent racontent les histoires de gens qui ont vécu là. Je prends celle d’une famille tout sourire, qui pose assise sur les marches de sa maison. Un dimanche de beau temps, peut-être, « la photo n’est pas bonne mais l’on peut y voir le bonheur en personne« . C’est le grand-père, assis en haut qui a fait coudre les deux même robes à sa petite fille Marianne, à droite, et à sa copine préférée. En 1934, toute la famille fuit à Ville la Grande, près d’Annemasse. Membre de la Résistance, Marianne fait passer la frontière à des clandestins. Après une dénonciation, elle a du faire un choix; soit elle abandonnait des enfants dans la montagne, soit elle restait avec eux. Elle est restée. Et ce jour du 8 juillet 1944 a été le dernier de Marianne Cohn, 22 ans, habitante du quartier de Tempelhof, à Berlin.

Il y a aussi une petite camionnette et un studio photo de plein air, avec un appareil photo qui est à l’iPhone ce que le chaudron est au Thermomix. On s’intrigue ; qu’est ce … ? Ce sont deux passionnés qui ont une chambre noire mobile. On pose, et puis on passe dans la camionnette pour développer un négatif dans trois bains différents. Du négatif une photo toute blanche. Puis après la même petite trempette, on voit lentement apparaître nos visages. Génial !

En repartant, on roule dans l’aéroport de Tempelhof, où se tient un festival de cerfs volants géants : des dragons qui volent ! On a bien besoin d’une gaufre pour se remettre. Enfin, le soir, on va manger des Spaetzle avec un copain de passage à Berlin. Sur l’île des musées, dans la nuit, une salle de bal à ciel ouvert joue du tango sur les bords de la Spree.

L’art moderne, un vieux vélo, la coupe de Mireille Mathieu, le premier des appareils photo, le gout des amitiés enfantines, le tango, l’abjection de la guerre, les abeilles, la douceur de l’air à la fin de l’été, les cerfs volants et l’héroïsme d’une Marianne très jeune, allemande et juive; ne cherchez pas de lien, il n’y a en pas.

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  1. Avatar de dieceline1
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3 Comments

  1. C’est vrai que le week-end a été plein de surprises… Bon article , j ai bien aimé la comparaison de l appareil photo à un chaudron !

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