Un pont sans arche ni hauban

L’aéroport de Tempelhof est dans la ville de Berlin depuis longtemps. Le premier Zeppelin y a atterri au début du siècle. Les nazis l’ont utilisé pour défiler. Lors du blocus de la ville, il y a exactement 50 ans, le pilote Halvorsen y a largué des bonbons depuis son bombardier C-47. Pendant la guerre froide, Tempelhof était une porte de la ville ouverte sur le monde. Il a fermé en 1976, parce que les avions d’aujourd’hui ont besoin de plus de place que les ballons dirigeables.

Un terrain immense en plein cœur de la capitale d’un pays les plus riches du monde : que croyez vous qu’il arriva ? On frémit en pensant aux possibles, open-spaces connectés, centres commerciaux débordants de baskets et de crème antirides, parkings de 6 étages et autres lofts hors de prix.

Mais non.

A Tempelhof, le terrain d’aviation est devenu un terrain de jeu. Un très très grand terrain de jeu. Dimanche dernier, j’ai vu les enfants des enfants des enfants qui attendaient les friandises larguées par les avions du pont aérien. Ils jouaient au foot, grimpaient sur les balles de foin, s’essayaient à toute sortes de moyens de transport. Leurs parents papotaient, pique-niquaient, courraient, roulaient, volaient. Les ado téléphonaient.

Il y a des jardins collectifs, un cirque, un atelier de réparation de vélo, des expériences de développement durable, des espaces protégés pour les oiseaux, un endroit pour laisser courir les chiens et bien sûr quelques « Bier Garten » pour boire une bière. Mais surtout il n’y a rien, juste une friche immense, un vaste espace de liberté. Certes, un règlement affiché à l’entrée limite la hauteur des pieds des barbecues. On est en Allemagne. Sinon rien que les vielles pistes en ciment et les champs autour.

Rien : pour jouer, pour flâner, pour se souvenir.

Le pilote Gail Halvorsen, surnommé « Onkel Wackelflügel » (l’oncle qui bat des ailes) est revenu l’an dernier à Tempelhof. C’est le héros des Berlinois. En 1949, lors d’une pause sur le tarmac, il a offert du chewing-gum à une petite troupe d’enfants qui se trouvait là, à regarder les avions. Bien trop nombreux pour les deux tablettes trouvées au fond de sa poche. Alors il a promis de leur en lancer d’autres la prochaine fois qu’il volerait. Réponse des enfants ; « Mais comment on va faire pour reconnaître ton avion ? ». Si vous voulez voir la tête d’un gars qui a eu une bonne idée, c’est par ici !

Join the Conversation

  1. Avatar de Inconnu
  2. Avatar de Inconnu

2 Comments

Laisser un commentaire

Répondre à Mag Annuler la réponse.

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer