A Sans Souci, mais sans chichis

En partant de Berlin, pour aller à Potsdam, la capitale du Brandebourg, on peut passer sous la porte du même nom. Sinon, il y a le train. La vielle cité n’a pas souffert des bombardements et nous nous promenons dans le quartier historique avant d’entrer dans le parc de Sans Souci, le château d’été de Frédéric II de Prusse.

Le parc est immense, l’air est doux et le ciel d’un bleu étincelant. On dirait le sud. Le château construit en 1747 est une «maison de plaisance», comme l’appelait Frédéric. C’est une résidence d’été pour fuir Berlin, son épouse et la cour. Ce n’est pas Versailles, ce n’est pas un bungalow de plage non plus. C’est un exquis petit château rococo qui surplombe des jardins suspendus plantés de vigne. Les statues de marbre sont de Pigalle (Jean Baptiste, le sculpteur né en 1714), le souverain étant raide dingue du royaume de France, de son roi-soleil et de sa langue.

Dix ans après le château, Frédéric commande à Heymüller un pavillon pour boire le thé. C’est une rotonde entourée de statues grandeur nature qui représentent des musiciens chinois, enfin qui représentent l’idée que les prussiens se faisaient des Chinois au 18ème siècle. C’est tellement beau, c’est l’endroit idéal pour lire, rêver, jouer de la musique ou parler avec quelques amis.

Des amis, le roi en avaient quelques uns : Voltaire a cru compter parmi eux. Invité à Sans Souci en 1750, il en partira 3 ans plus tard, humilié de n’être qu’un chambellan chargé de corriger les vers du roi-philosophe. Car le roi se piquait de littérature et a rédigé beaucoup d’écrits dans la langue de Molière. Remarquable quand on songe que son père, le roi Sergent, avait banni de son éducation la musique, les arts, la littérature et la danse. Son conseil au jeune Prince : «Attache toi au réel. Aie une bonne armée et de l’argent ». Mais il confia son fils à deux huguenots français, qui lui apprirent le latin et le français en cachette. Frédéric devint le protecteur des arts et le monarque éclairé qu’il rêvait d’être. Dans les faits, il s’est surtout attaché à agrandir son royaume de Prusse, en guerroyant contre ses voisins. Rien de neuf sous le soleil des monarchies. Mais il se pensait comme « le premier serviteur de l’état » et affirmait que « chacun doit pouvoir trouver le salut comme il le désire ». A la fin de sa vie, son peuple le surnommait affectueusement « le vieux Fritz ».

Frédéric par Antoine Pesne

Il mourut en 1786 en laissant des consignes précises pour son enterrement. Ce serait « à Sans souci, sans splendeur, sans pompe et de nuit ». Vœu exaucé 205 ans après sa mort, après que sa dépouille ait successivement séjourné dans l’église de la garnison de Potsdam (décision de son successeur), dans un bunker (décision des Nazis), dans l’université protestante de Marbourg (décision de l’armée américaine) puis dans le château des Hohenzollern près de Stuttgart (décision de sa famille). En 1991, il est enfin inhumé sur la terrasse de son château, à coté de ses lévriers adorés qu’il appelait ses « Marquises de Pompadour » ce qui montre que son admiration pour la France n’était pas exempte d’une certaine ironie. Ses dernières volontés laissent le sentiment d’une solitude glaçante. Peut-être qu’Hans Herman von Katte lui manquait encore. Cet ami, avec qui il tenta à 18 ans de gagner l’Angleterre pour fuir son père, lui était très cher. Mais l’échappée belle échoua. Von Katte est exécuté sous les yeux de Frédéric, sur ordre du roi Sergent. Il n’eut alors d’autre possibilité que de devenir roi. Malgré lui ? Mais là, j’interprète, comme Heymüller avec les musiciens chinois.

https://www.museumsportal-berlin.de/fr/musees/chinesisches-haus-im-park-sanssouci/

https://www.potsdam-sanssouci.com/schloss-sanssouci/

Laisser un commentaire

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer