Bande de vandales

Ce samedi, nous arpentons fébrilement Alexander Platz à la recherche du groupe de notre ballade « Street art ou Art de la rue» qui commence à midi pile. Le point de rendez-vous, c’est « pas loin de la tour de la télévision », un peu l’équivalent d’« aux pieds de la tour Eiffel ». Nous sommes un peu charrette, mais pas question de laisser croire que les français sont incapables d’être à l’heure. Sur le fil, celle de nous deux qui a le sens de l’orientation trouve enfin notre guide, un graffeur ressortissant du Royaume-Uni, venu à Berlin justement pour ses murs, et les images sur ses murs.

L’idée de la ballade, c’est d’observer des œuvres dans la ville, de trouver l’inspiration, et d’en vaporiser une nous même juste après dans un atelier glacial avec de la musique techno à fond. Sympa, non ? Direction le Reichsbahnausbesserungswerk dans Friedrichshain. Si vous avez du mal, dites RAW, les berlinois comprendront. Cette vaste étendue de bâtiments industriels reste l’un de ces lieux alternatifs emblématiques de la capitale allemande avec des bars, des salles de sport, des clubs et une galerie. Pour combien de temps ? Depuis que la Deustche Bahn (une sorte de SNCF locale mais avec des trains qui roulent) l’a cédée à un propriétaire privé, l’embourgeoisement le guette. De nombreux touristes, dont nous, mitraillent les lieux : le début de la fin.

Pour l’instant, le site est intact, jonché de détritus. D’improbables pergolas s’adossent à des cabanes de planches, dans le froid humide et la lumière triste de janvier. La couleur vient des murs. Des peintures rupestres du 20ème siècle originaires des faubourgs du Bronx, à New York. Dans les années 70, une contre culture naît de la pauvreté et de la désespérance urbaine, comme une ultime échappatoire pour des gosses livrés à eux mêmes, entre deal et guerre des gangs. C’est un art de l’urgence et de la révolte, éphémère et sans moyen. Il est illégal presque partout dans le monde.

Longtemps, Berlin a eu d’autres chats à fouetter que ceux qui peignaient sur les murs à trois heures du matin. Aujourd’hui encore, les amendes sont calculées à partir des coûts de la peinture et de la main d’œuvre nécessaires pour recouvrir l’image, auxquels s’ajoute le timbre. Mais les artistes produisent de plus en plus sur et pour Internet. Sur l’East Side Gallery, ce morceau du mur en plein air décoré par de nombreux artistes, les œuvres se dégradent. Et les publicitaires utilisent des images dénonçant l’avidité du capitalisme pour vendre des voitures, sans rétribuer les artistes. Les graffeurs, qui se définissent eux-mêmes comme des vandales, ont encore pas mal de boulot.

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