Merci Arte

Fort occupées, nous sommes. Nous consacrons du temps à étudier la géographie, les mathématiques et l’allemand, courir dans le Tiergarten, pratiquer la boxe et le yoga, parcourir la ville en vélo, visiter les musées et les expo, faire des rencontres, téléphoner à notre famille et nos amis, lire La princesse de Clèves et Sylvain Tesson, réfléchir au sens de la vie, monter nos 3 étages, descendre nos 3 étages, trouver le meilleur Kebab de Berlin…

Et sinon ? Ben, on regarde la télé.

Arte plus précisément, seule chaîne qui parle dans notre petit écran d’ordinateur. On décide du programme à tour de rôle. Devinez qui a choisi « les 76 derniers jours de Marie-Antoinette », récit à haute vertu pédagogique bien que légèrement plombant ? Mais ce soir, c’est « Faons et marcassins, l’art du camouflage ». Une chouette petite soiré télé, on s’installe toutes guillerettes sur notre canapé.

feu la Reine

Ça commence dans une nature enchanteresse.

Le petit faon est fragile, gracieux et tellement mignon. A peine né, il se dissimule dans les hautes herbes à l’orée de la forêt. La chevrette vient le nourrir, mais s’éloigne vite pour ne pas attirer les prédateurs. Le bébé faon, on l’aime. Il a de grands yeux de velours bruns bordés de Khôl. On projette déjà de l’adopter. Les marcassins sont nombreux, mobiles et tellement mignons. Leur maman leur apprend à se rouler dans la boue. C’est la grosse rigolade chez les sangliers.

Bientôt, le faon grandit et s’aventure hors de sa cachette sur ses longues pattes fines comme des roseaux. Tiens, un plan sur un lynx dans un arbre. Quel rapport ? La voix off ; grâce à son pelage moucheté, il peut guetter ses proies du haut d’un arbre sans être repéré. Bon. Sous un ciel d’azur, notre faon gambade joyeusement dans le blé en herbe, les myosotis et les boutons d’or.

notre faon

Et s’aventure dans les bois. Sous l’arbre du lynx. On s’inquiète. Attention, ne reste … Le lynx bondit, brise la nuque du faon d’un seul coup de mâchoire, l’éventre et se met à dévorer notre bébé.

On est sous le choc. La voix off précise d’un ton suave que le prédateur n’est pas méchant, mais qu’il a une famille à nourrir.

Puis que les chevrettes ont parfois deux petits faons. Tiens, justement, en voici un, tout pareil à son frère. Il est fragile, gracieux et tellement mignon. Les marcassins continuent à courir comme des fous dans les sous bois. La voix-off tient à ajouter qu’ils sont omnivores. Le faon numéro deux a de grands yeux de velours bruns bordés de Khôl, il déploie ses pattes fines comme des roseaux, il gambade joyeusement dans le blé en herbe, les myosotis et les boutons d’or. Ça va mieux.

notre autre faon

Tiens, un plan sur une moissonneuse batteuse qui fauche les prés. Le plan dure longtemps, longtemps. D’un ton grave, la voix off déplore que l’instinct du faon n’identifie pas le bruit du moteur comme un danger, ce qui lui permettrait de fuir devant la machine au lieu de continuer à faire la sieste dans les herbes.

Sur notre canapé, on est grave stressées ;

  • il va quand même pas mourir, celui la aussi ?
  • mais non, il n’y a que Games of Throne pour sacrifier ses héros à longueur d’épisodes…
  • ah, bon, je préfère !

Une réflexion de feu Marie-Antoinette à propos du tribunal révolutionnaire, entendue l’autre soir, me traverse alors l’esprit. « Ils n’oseront pas me condamner » , qu’elle a dit à ses avocats.

Plan serrés et de plus en plus rapides, la moissonneuse, le faon dans les herbes, la moissonneuse, le faon dans les herbes. Fondu au noir. Le petit faon est déchiqueté tout vif, rejeté sur le coté et cette fois ci, ce sont les marcassins qui s’empiffrent.

Cette faux-cul de voix off nous récite alors le petit chapitre sur le cycle éternel de la vie, la prochaine saison des amours, blablabla, blablabla …Pire qu’Halloween, la série documentaire animalière.

Une télé qui dit la vérité, ça vous glace les sangs.

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