La nuit, un musée

C’est Jack Lang qui l’a inventé : une fois dans l’année, les musées ne ferment pas leurs portes à la nuit tombante. Les visiteurs sont bienvenus jusqu’au matin suivant, enfin presque.

Le printemps dernier à cette occasion, avec mes deux ado préférées, nous avions revu la fabuleuse galerie du Muséum d’Histoire naturelle de Paris. Je ne me lasse pas de la beauté du Jardin des Plantes et de cette procession immobile des animaux de la savane qui vont boire l’eau de la Seine. En termes d’espèces, on notait à peu près 1 000 citadins pour un éléphant, mais c’était drôle d’être là.

Berlin, à la fin de l’été, même concept : 75 musées ouvrent jusqu’à deux heures du matin. Je reste dans mon quartier, mon « Kiez » à moi ; le forum de la culture est au bout de la Potsdamer strasse. Il y a des tableaux, des arts décoratifs, des instruments de musique et un cabinet de curiosités. C’est un vaste ensemble de bâtiments modernistes, construit après le mur parce que les extraordinaires collections de l’île des musées étaient échues à l’est. Tout existe en double, à Berlin.

Je viens d’arriver mais j’aurais du m’en douter ; la bonne idée de Jack est ici revue et corrigée. J’entre dans la pinacothèque, un guide porte une pancarte sur laquelle il est écrit : pour les romantiques. Je le suis, il commente avec drôlerie trois tableaux du XVII ème siècle. D’autres guides portent des pancartes variées, pour les nostalgiques, pour les curieux … et emmènent des groupes attentifs au travers des salles immenses.

Quand je ressors, dans le hall de la pinacothèque, un groupe de musiciens joue des standards des années 30 et de jolies demoiselles vêtues de quelques paillettes d’argent dansent le Charleston, puis tentent de l’apprendre aux badauds. Entre deux leçons, la piste de danse est envahie par la foule. Un stand propose des verres de vin. Une fois le contenu terminé, on rapporte le contenant soit pour récupérer deux euros soit pour le remplir à nouveau

Dans un coin, on nous propose d’essayer des fauteuils iconiques du Bauhaus, ce mouvement né à Weimar il y a 100 ans qui mêle architecture, design et production industrielle. Une dame s’installe avec son verre de vin rouge dans un fauteuil, j’allais faire de même quand une médiatrice lui dit que c’est interdit : ce sont des objets d’art !

Il y aussi des stands de dessin, de collage et un atelier photo. Les gens attendent en file pour porter des costumes futuristes, mi cirque du soleil, mi Métropolis. Un homme habille les candidats et une femme, petite brune aux pied nus et au corps de liane, propose une chorégraphie. Quand tout est prêt, accessoires et scénographie, un photographe immortalise la scène. Autour du plateau, les gens pouffent de rire en attendant leur tour, un peu moins quand ils sont sous les feux de la rampe. Ils jouent le jeu nonobstant. J’ai un petit remord ; comme ils sont loin des clichés que j’avais en tête en arrivant, ces Berlinois plein de fantaisie ! Mais franchement, je vous le demande, tout cela est-il bien sérieux ?

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