15h15 : Louise et moi, on finit d’étendre notre lessive. Samedi, jour de lessive.
15h17 : dans le sac, je mets 2 pommes et de l’eau.
15h27 : on est prêtes. Direction ; la porte de Brandebourg. L’orchestre philharmonique de Berlin a un nouveau chef, Kirill Petrenko et commence la saison par la neuvième symphonie d’un certain Beethoven (Ludwig van de son prénom). Comme le nouveau chef est sympa, il a décidé de donner le même concert, en plein air et gratuit, ce soir du 24 août.
16h00 : on part.
16h32 : on arrive. La scène est dressée devant la porte de Brandebourg, sur l’avenue du 17 juin qui coupe le Tiergarten, une véritable forêt au cœur de Berlin jadis réserve de chasse de l’empereur. Les accès à l’avenue sont fermés.
16h33 : on commence à attendre, le concert est à 20h15, on peut s’installer à partir de 18h. Une dizaine de personnes sont là.
16h52 : on mange les pommes.
17h03 : Louise dit qu’elle commence à douter.

17h05 : on s’assoie sur le rebord d’un trottoir pour attendre. Plein de gens arrivent.
17h10 : Rozenn appelle, elle dit qu’elle s’ennuie dans le bus qui la ramène en France. Louise lui dit que nous aussi, on s’ennuie.
17h11 : une dame très élégante, environ la soixantaine, déplie son siège à coté de nous et s’assoie dessus, droite comme un i. Elle porte un pantalon large et un tee-shirt noirs. Ses cheveux très blancs sont coupés courts. Son rouge à lèvres est très rouge. Sûrement une mélomane. Elle a la classe
17h17 : on entend quelques notes, l’orchestre commence à répéter. Je reconnais l’hymne à la joie.
17h23 : je suis contente
17h31 : la dame élégante toute en noire est interrogée par la télé. Je prépare mon allocution (je suis française pour un an à Berlin, etc etc…).
17h37 : l’équipe télé repart sans me jeter un coup d’œil.
17h40 : une autre dame engage la conversation avec Toute-en-noir. Elles parlent musique, comparent les directeurs successifs de l’orchestre. Elles s’interrogent sur l’endroit idéal pour se placer une fois les barrières ouvertes. La dame dit qu’on attend 32 000 personnes. Toute-en-noir n’en revient pas et dit que c’est son premier concert en plein air. J’en déduis qu’elle a raté Woodstock.
17h42 : Louise trouve qu’on a déjà entendu pas mal de musique. Et si on rentrait ?
17h43 : sur scène, un gars commence à chanter.
17h44 : Louise envoie un texto à Rozenn pour lui demander si elle savait que, dans les orchestres philharmoniques, il y avait des gars qui chantaient.
17h52 : Rozenn dit qu’elle ne savait pas.
17h56 : sur scène, derrière les musiciens, une masse de gens sur une grande estrade sont assis là à les regarder. Je me dis que ce sont des journalistes, chargés de couvrir l’événement. Puis ils s’en vont.
18h00 : tout le monde se lève, les barrières sont ouvertes. Dès le contrôle passé, les gens commencent à courir.
18h01 : Louise et moi, on ne court pas, on a notre dignité.
18h03 : on est dans les premières, un choix s’offre à nous. Loin et assises sur les bancs qui bordent le Tiergarten ou près et assises sur le goudron ?
18h04 : près et assises sur le goudron. On est à 20 m de la scène, pile en face du pupitre de Kirill.

18h07 : Louise dit que ça ne sert à rien d’être près, à la rigueur pour un concert de Rihanna, on peut espérer un « eye contact » (contact visuel en français). Mais là, que neni.
18h10 : Toute-en-noir est installée à deux heures, pas loin. On est pas mal.
18h15 : on a faim.
18h22 : je refais la queue pour acheter des saucisses grillées et des gaufres. En revenant, je zigzague entre les gens assis par terre. Je fais gaffe à ne pas renverser du ketchup sur les mélomanes allemands pour ne pas nuire à la réputation des français.
18h30 : de retour à ma place.
18h31 : Louise dit que c’est sa dernière sortie culturelle.
18h32 : on mange les saucisses. Louise décide d’attendre 19h pour manger sa gaufre.

19h00 : Louise mange sa gaufre
19h22 : la fille à coté de moi écoute les Beatles sur sa tablette. Les chansons entre 1967 et 1970.
19h32 : des gens continuent d’arriver. Je commence à douter.
19h37 : je fais part de mes doutes à Louise.

19h39 : c’était une erreur.
19h41 : Louise dessine sur ses pieds avec un stylo feutre.
20h02 : l’orchestre s’installe, les gens derrière les musiciens, que j’avais pris pour des journalistes sont les chanteurs
20h03 : je me dis que ma famille et moi, on ne va pas assez au concert.
20h14 : sur scène, une journaliste interroge le Kirill. Des gens sont restés debout. Les gens assis se mettent à taper dans leur mains en chantant « insetzen, insetzen » (asseyez-vous en français)
20h15 : les gens debout s’assoient
20h16 : ah non, pas tous, une fille en minijupe et son copain décident de rester debout, au milieu de 500 gens assis.
20h17 : le concert commence.

20h18 : c’est beau.
20h28 : une spectatrice énervée va dire aux deux debout de s’asseoir. Ils font la sourde oreille. Je stresse. S’ils en venaient aux mains, ça gâcherait notre concert. 4 heures d’attente pour rien, ce serait ballot.
20h50 : fin du premier mouvement. Les spectateurs avertis disent aux autres qu’il ne faut pas applaudir avant la fin du concert.
20h51 : on n’est pas en train d’écouter Rihanna.
20h52 : entre les deux premiers mouvements, deux gars se lèvent et vont redemander aux deux debout de s’asseoir. Refus.
20h53 : je re-stresse
20h54 : les deux gars se plantent pile chacun devant un des deux debout et restent là, jusqu’à la fin du concert. Une action non violente, mais efficace.
20h55 : je rigole
20h56 : c’est beau
21h03 : c’est beau
21h15 : c’est beau
21h20 : c’est fini
21h25 : on applaudit
21h30 : on part
21h32 : je passe devant un groupe de très jeunes ados quand l’une d’elle dit à ses copines ; j’ai essayé de ne pas pleurer.
21h42 : en rentrant chez nous, on passe devant le philharmonique (Kirill et nous sommes pour ainsi dire voisins). Un bus s’arrête et tout l’orchestre en descend.
21h43 : j’aurais bien été boire une bière avec eux.
On est le 25 août ,il est 18h24 et je sèche mes larmes de rire…..
J’aimeJ’aime
Top histoire qui nous a accompagnée sur le retour de Bretagne
J’aimeJ’aime
Alors les debouts sont restés debout ! Super sympa un concert en plein Berlin ! Bravo ! Courage Louise tu vas finir par aimer 😉🤣
J’aimeJ’aime
Merci beaucoup pour toutes ces chroniques qui me laisseraient penser que j’ai le don d’ubiquité: j’ai assisté à un cours d’allemand, j’ai arpenté la Potsdamer Strasse puis assisté à un concert en plein air. C’est chouette (même si je sais que plus personne n’utilise ce mot…)
Quel talent !
J’aimeJ’aime